Deux
chercheurs du laboratoire Giovanni Domenico CASSINI (CNRS - Observatoire
de la Côte d'Azur)[1],
en collaboration avec un chercheur italien[2]
et un chercheur russe[3]
viennent de montrer qu'il est possible de remonter dans le temps au début
de l'Univers, il y a environ quinze milliards d'années, et d'établir,
pour chaque galaxie de l'Univers actuel, l'endroit d'où provient
la matière qui la forme actuellement. Ces travaux sont publiés
dans la revue Nature du 16 mai 2002.
La
structure présente de l'Univers est très irrégulière
; les observations astronomiques révèlent que les galaxies
s'organisent en grandes structures formées de murs et de filaments
d'extension gigantesque mais d'épaisseur relativement faible (figure).
En revanche, l'Univers primitif avait une répartition de matière
presque uniforme ne présentant que de très légères
variations de densité d'un point à un autre. Ces «
fluctuations de densité » peuvent maintenant être détectées
indirectement à travers les fluctuations du fond cosmologique, un
rayonnement qui garde l'empreinte de ce qui s'est passé quelques
centaines de milliers d'années après le début de l'Univers
lorsque la température, d'abord très élevée,
s'est abaissée, permettant aux particules de lumière (photons)
de s'échapper et de nous parvenir sans encombre.
Ne
peut-on reconstruire directement ces fluctuations de densité en
résolvant les équations du mouvement de la matière
à l'envers (en remontant le temps) à partir des positions
actuelles connues des galaxies? Il faudrait pour cela connaître aussi
les vitesses de ces galaxies, ce qui n'est que très rarement le
cas. Le problème a néanmoins une solution unique dont l'élaboration
s'appuie sur la théorie du transport de masse. Le premier exemple
de ce type de problème a été formulé en 1781
par le mathématicien Gaspard Monge à propos d'une question
de génie civil : comment transporter au moindre coût de la
terre d'un lieu dans un autre en imposant les volumes occupés par
les « déblaies » et les « remblaies »? Dans
ce cas, le coût pour un élément de masse est proportionnel
à la distance parcourue.
Les
chercheurs se sont basés sur des travaux du cosmologue russe Yakov
Zel'dovich datant des années 1970 et sur ceux, plus récents,
du mathématicien niçois Yann Brenier, pour montrer que le
problème de la reconstruction cosmologique est du même type
que celui considéré par Monge, mais avec un coût proportionnel
au carré de la distance parcourue.Grâce
à un algorithme d'optimisation dû pour l'essentiel à
l'astronome niçois Michel Hénon, ils ont pu déterminer,
en quelques heures de calcul sur une machine de l'Observatoire de la Côte
d'Azur, les positions initiales et les vitesses de plusieurs dizaines de
milliers de galaxies. Ces reconstructions, réalisées sur
des univers artificiels simulés à l'ordinateur, ont montré
que la nouvelle technique donne d'excellents résultats aux échelles
supérieures à une dizaine de millions d'années-lumière
(la distance parcourue par la lumière en une année).
De
grands efforts sont faits actuellement par les astronomes pour mesurer
les positions complètes (direction dans le ciel et distance) d'un
grand nombre de galaxies. Dans quelques années nous disposerons
de catalogues possédant de l'ordre du million de galaxies. La nouvelle
technique de reconstruction et ses améliorations (qui visent à
travailler à des échelles de quelques millions d'années-lumière)
devraient nous donner une nouvelle fenêtre sur l'Univers primitif
et permettre ainsi de mieux comprendre comment il s'est formé.
Référence
: «
A reconstruction of the initial conditions of the Universe by optimal mass
reconstruction », par Uriel Frisch, Sabino Matarrese, Roya Mohayaee,
Andrei Sobolevski. Nature, vol.417. p. 260-262. 16 mai 2002 (Cliquer
ici pour une copie de l'article au format pdf).
Contact
chercheur :
Uriel
Frisch - Tél.: 04 92 00 30 35 - Mél : uriel@obs-nice.fr
Contact
Observatoire de la Côte d'Azur
Patrick
Michel (médias) - Tél.: 04 92 00 30 55 - Mél :
michel@obs-nice.fr
Contact
presse CNRS :
Martine
Hasler - Tél : 01 44 96 46 35 - Mél : martine.hasler@cnrs-dir.fr

Légende
de la figure :
distribution actuelle de la masse dans l?Univers reproduite par ordinateur.
La plus grande partie de la masse se présente sous la forme de matière
sombre et froide. La matière lumineuse (galaxies) s'organise en
grandes structures formées de murs et de filaments d?extension gigantesque
mais d?épaisseur relativement faible.