Un groupe d’experts en dynamique planétaire, dont Alessandro Morbidelli, directeur de recherche CNRS, laboratoire Lagrange (Université Côte d’Azur, Observatoire de la Côte d’Azur, CNRS)1, montre la présence d’erreurs dans deux articles récents, qui invalident les conclusions des auteurs qui annonçaient l’origine interstellaire de deux populations de petits corps évoluant actuellement dans le Système Solaire.

Deux articles récents2 ont annoncé la preuve de l’origine interstellaire de quelques petits corps du système solaire, notamment : les objets sur des orbites partageant la même trajectoire que les planètes géantes, mais de façon rétrograde (évoluant en sens inverse de celles-ci autour du Soleil) ; et les petits corps de la population des Centaures (objets glacés situés entre Jupiter et Neptune) qui évoluent sur des trajectoires très inclinées par rapport à celles des planètes.

Alessandro Morbidelli et ses co-auteurs montrent que les simulations numériques faites en remontant le temps par les auteurs des articles précédents ne sont pas représentatives de l’évolution passée des corps considérés. En fait, ces simulations ne sont utiles que pour quantifier le temps de vie très court des corps considérés, et la décroissance rapide de leur population. A la lumière de cette décroissance rapide, les corps observés ne peuvent pas être les survivants de populations d’objets capturés du milieu interstellaire pendant la jeunesse de notre Système Solaire. Sinon, la taille de ces populations serait irréaliste (de l’ordre de 10 fois la taille de la population entière des astéroïdes de la Ceinture Principale entre Mars et Jupiter, pour des objets partageant la trajectoire de Jupiter mais orbitant en sens inverse de la planète). Plus vraisemblablement, les objets observés sont simplement des membres transitoires d’une population maintenue en nombre approximativement constant par un flux continu d’objets provenant de réservoirs situés dans le système solaire distant, et n’ont donc pas d’origine interstellaire. Les comètes de type Halley (qui orbitent autour du Soleil en 20 à 200 ans) et le nuage d’Oort (situé à plusieurs dizaines de milliers de fois la distance de la Terre au Soleil) sont les sources les plus probables des deux populations étudiées.

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Alessandro Morbidelli, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

1. Morbidelli et al. 2020, MNRAS sous presse

2. Namouni et Morais 2018, MNRAS 477L et 2020, MNRAS 494.